La poupée
"J'aime bien les femmes qui portent des culottes en coton blanc, style Petit Bateau". Paul, infographiste, 30 ans, a épousé Junko, 25 ans, étudiante, parce qu'elle faisait moins d'un mètre soixante et qu’elle se laissait docilement habiller.
Paul collectionne les poupées. Il en a une dizaine, qu'il maquille, coiffe et teint en noir. Il veut qu'elles ressemblent à des femmes japonaises. A ses yeux, les Nippones incarnent l'idéal d'une féminité sans seins, sans hanches et sans volonté. Elles sont si douces, elles ont la peau si lisse et le visage tellement impénétrable qu'il voudrait parfois les manipuler comme des choses fragiles et sans âme.
Paul adore habiller Junko. Il l'emmène faire son shopping, choisit ses chaussures et surtout ses culottes (avec des fleurs imprimées, des petits rubans roses ou des Mickey) ! Les romantiques allemands exaltaient déjà cette passion des poupées au XIXe siècle : les figurines en porcelaine voisinaient dans l'imaginaire avec les naines, les femmes enfants et les automates. Le roman le plus célèbre de l'époque, "L'Homme au sable" de Hoffmann, raconte l'histoire d'un rêveur amoureux fou d'une jeune femme immobile et muette qui, de sa fenêtre, tourne vers lui un regard de statue. Il s'agit d'un mannequin.
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